Capécure, histoire et traditions

Petit hameau au pied de la falaise d’Outreau, le « Capelure », vaste terrain sablonneux et vaseux va connaître au milieu du XIXe siècle un développement industriel et humain et de très nombreux aménagements. Malheureusement, ce bref essor est anéanti dès juin 1940 après les bombardements alliés sur les objectifs militaires allemands.

Après la Seconde Guerre mondiale, les Boulonnais ont eu du mal à accepter les blessures de la guerre : un port entièrement détruit, le quartier de Capécure rasé et une ville détruite à 85%.

Une politique d’aménagement volontariste va permettre à Boulogne-sur-Mer de retrouver et d’accroître sa prospérité, pendant les Trente Glorieuses. À la fin de la guerre, l’architecte Roger Berrier présente les grandes lignes de son plan : Capécure, cœur économique, doit devenir une zone réservée aux activités industrielles et le port doit être reconstruit le plus rapidement possible… C’est Pierre Vivien qui sera chargé de mettre en œuvre la reconstruction de la ville avec l’aide de nombreux architectes pour que le port soit le cœur de la cité boulonnaise, autour duquel tout s’articule…

La priorité est de reloger plus de la moitié de la population boulonnaise qui avant la guerre se concentrait dans les quartiers de Saint-Pierre et de Capécure. C’est ainsi qu’apparaissent les nouveaux quartiers d’habitations de Montplaisir, d’Henriville, puis, dans les années soixante, de Damrémont. Capécure, dont les habitants sont désormais relogés, devient un quartier industriel, suivant un plan en damier, orthonormé.

Dates clés

À cette époque, un petit hameau qui porte ce nom est établi au pied de la falaise d’Outreau. C’est le Capelure représenté sur une gravure anglaise d’après le plan de Beaurain de 1695.

Armand-François de Chanlaire qui possède de grandes étendues de terrains obtient l’autorisation d’endiguer ses terres inondables pour les assécher à l’extrémité de Capécure.

Le château de Capécure, édifié par le baron Décajeul sur un terrain acheté en 1745, est attestée en 1763.

Pont-de-Briques est resté longtemps le seul point de franchissement de la Liane. Il faut attendre le projet de débarquement en Angleterre de Bonaparte pour que les deux rives de l’estuaire soient mises en communication. Pour les besoins de l’armée, en 1801, est édifié un ouvrage de charpente remplacé en 1853 par le pont Marguet. Puis, en 1803, le pont de l’Écluse, devenu pont de l’Entente Cordiale depuis 1957.

Alors que Napoléon Bonaparte prépare l’invasion de l’Angleterre, le Camp de Droite s’établit en partie sur les terrains de Chanlaire. On y creuse également un bassin semi-circulaire (aujourd’hui Bassin Napoléon).

Construite entre 1829 et 1834, des nouvelles jetées ont accompagné les travaux de réaménagement du port. Elles permettent aux bateaux de se repérer et facilitent l’accès au port tout en le protégeant de la houle. C’est aussi une période de développement pour la pêche, part notable du commerce local mais aussi de la contrebande en direction de l’Angleterre.

L’ordonnance royale du 26 février 1835 permet à la Boulogne de s’étendre au delà de La Liane, en annexant Capécure et ses 138 hectares de terrains sablonneux et vaseux. Un habitat résidentiel se développe au pied de la colline d’Outreau mais Capécure ne compte encore que 254 habitants.

Ces nouveaux terrains permettent à Boulogne se s’agrandir et de moderniser son port, d’accueillir le chemin de fer et de développer de nouvelles industries : usine à filature du lin, cimenterie, plumes métalliques (Baignol et Farjon, ça vous parle ?) construction navale, dépôts de bois, scierie mécanique, etc. La vocation industrielle du quartier a pour conséquence le développement d’un habitat ouvrier qui comprendra près de 10000 âmes à la fin du siècle.

Inauguration du pont Marguet par Napoléon III. Ce barrage joue un rôle important en tant que porte d’évacuation en mer des crues, via le Bassin Frédéric Sauvage. Inversement, il permet aussi de conserver de l’eau dans la Liane en période d’étiage. Ce barrage sur la liane a limité les effets de chasse, ce qui est source d’aggravation de l’envasement du port. Des opérations de désenvasement sont périodiquement nécessaire.

Au milieu du XIXe siècle, le rivage évolue selon deux mouvements inverses d’érosion et d’engraissement : la falaise recule alors que les dunes progressent. Ce phénomène est interrompu par les grands travaux du port qui débutent en 1878 et amènent la disparition du massif dunaire.

Inaugurée le 4 juin par le président de la République Sadi Carnot lui-même, la digue Carnot est un ouvrage de 3285 mètres de long, qui protège la rade et le port de Boulogne-sur-Mer. Sa construction en tronçons a été commencée en 1880 et c’est étalée sur une période de 80 ans. Par gros temps, elle offre le spectacle impressionnant des vagues qui viennent la heurter et qui la submerge dans de grandes gerbes d’eau blanche.

Les dernières dunes disparaissent au milieu de la zone portuaire. On y creuse alors le bassin Loubet.

La première liaison commerciale avec l’Angleterre est créée à Boulogne qui, cette année-là, a le monopole du transport transmanche face à Calais et deviens le premier port de voyageurs de France durant quelques années.

Les bombardements pleuvent sur Boulogne et Capécure réduisant à néant 85% de la ville et des ses infrastructures.

Le Plan Vivien pour la reconstruction de Boulogne est validé après des débats parfois houleux entre les différents acteurs : municipalités, sinistrés, l’état… La volonté de faire de Capécure « une cité industrielle du poisson » en y regroupant les activités de la pêche, en ont bouleversé la physionomie, transformant un quartier animé en zone industrielle. Le remodelage complet fait de Capécure une exception car c’est un quartier neuf qui n’a pratiquement rien conservé de son passé récent.

Le port de Boulogne-sur-Mer est la plaque tournante de réception et d’expédition du poisson en Europe. Chaque année, 400 000 tonnes de poissons et produits de la mer sont importées à Boulogne-sur-Mer en provenance du monde entier pour être ensuite redistribuées sur toute l’Europe. Grâce à sa gare routière de marée couplée à des plateformes de transports, Boulogne-sur-Mer dispose d’une logistique d’approvisionnement et de distribution exemplaire.

Le jargon de Capécure

A

  • Acoute ein peuwe ! Écoute un moment !
  • Arignéye d’mer (Eine) Une araignée de mer

B

  • Batiawe (Ein) Un bateau
  • Bitture (S’donner eine) S’enivrer

C

  • Coigir Choisir
  • Coque ed noix (Eine) Petit bateau

D

  • Dégrée-ye (Ete) Avoir une impression désagréable
  • D’oust qu’est Où est

E

  • Efon (Ein) Un enfant
  • Etapois (Ein) Un habitant d’Étaples

F

  • Feume (Em) Ma femme
  • Figure d’maquériawe Visage désagréable

G

  • Grappin d’sus (Mett’ l’) Arrêter
  • Gna pus que pour li Il n’ y en a plus que pour lui

H

  • Houler Maltraiter
  • Huite (Eine) Une huître

I

  • Iawe (Ed l’) De l’eau
  • Ixempe (Par) Par exemple

L

  • Laissé-l’ zé faire Laissez-les faire
  • Longué-loupes Grandes lèvres

M

  • Maquer Manger
  • Margat Enfant

N

  • Neuée (Eine) Un nuage
  • Nez du batiawe (L’) L’étrave du bateau

O

  • Oeule (Ein) Oeil
  • Ousque 

P

  • Papiner les loupes Se pourlécher
  • Pleuve (I va tomber des) Il va pleuvoir

Q

  • Querver d’rire Mourir de rire
  • Qué qui gnia ? Qu’y a t’il ?

R

  • Risée d’solei Éclaircie
  • Rond’let (Ein efon) Un enfant bien portant

S

  • Saucé (Ete) Être trempé par la pluie
  • Souyer (Mette des) Mettre des chaussures

T

  • Tai sen bec (Il a) Il s’est tu
  • Tatoule Grande quantité

V

  • Vent d’demoiselle Vent léger
  • Vir-goutte (Aller à) Aller à tâtons

Capécure en chanson


O Guenel, Guenelle, Tout petiou, petiou. Lavez vos écuelles, Et léquez vos plats
Si vos fill’ sont belles, On les mariera. Si ell’ sont pont belles, On les laiss’ra là. Et tralala.
El Bondiu pass’ra par là, Y dira « — Quo qu’te fais là ? »
« — Ej cueille des violettes, pour les p’tites fillettes
Ej joue du violon, pour les p’tits garchons »


O Guenel, min p’tit quinquin
Prinds eun bett’rave et creuse-le bin
Mets une candelle, éclaire le d’dins
Va t’in canter tin p’tit refrain

Refrain

O Guenel, par un p’tit treuw
Ej vous voit bin là tous les deuw
Minger de l’tarte et du gatiauw
Sans m’in donner un p’tit morciauw

Refrain

O Guenel, grand père Barbaux
Il a un vint’ comme un tonneau
Il a mingé trop d’haricots
Et du codin et du gigot

Refrain

O Guenel, tous les margats
Avec vos bett’rav’ dins les bras
Allez canter par ci, par là
Et l’monde i vous récompins’ra

Refrain

O Guenel, filles et garchons
Dins tou’ les rues o défilons
O ringuernons dins les maisons
Avec aux lèv’ no p’tite canchon

Refrain