Métiers de la mer

Dans le premier port de pêche français, 6 000 emplois dépendent du poisson. De l’arrivée des chalutiers à l’expédition des caisses, dans les 60 hectares de Capécure, situés derrière les bassins, 400 000 tonnes de poissons sont transformées chaque année.

Le métier de marin pêcheur

La vie n’est pas facile à bord d’un bateau de pêche entre le bruit sourd des moteurs et les mouvements constants, le pont est souvent glissant et le maniement des engins de pêche parfois dangereux. Les conditions climatiques peuvent être rudes et le marin est souvent amené à travailler dans le vent et l’humidité, de jour comme de nuit, dans un rythme soutenu et sur une période plus ou moins longue. Le métier de marin pêcheur reste dangereux. Il est l’un de ceux qui paie le plus lourd tribut. Éloigné de son domicile et de sa vie de famille, déconnecté du quotidien et de la vie à terre, le marin pêcheur doit accepter la vie en collectivité et la discipline avec des conditions de vie à bord très différentes selon qu’il travaille dans la grande pêche, la pêche au large, la pêche côtière ou la petite pêche.
Autrefois le métier de marin pêcheur se transmettait de père en fils. Aujourd’hui, une formation spécialisée est dispensée dans les lycées professionnels ou en formation continue. Le marin pêcheur, au rand de matelot pourra grimper les échelons en passant des certificats et des brevets pour devenir second maître, maître d’équipage, puis patron et capitaine de pêche.
La diminution des ressources et la décroissance de rentabilité des navires de pêche incitent peu les jeunes à s’engager dans une profession dure et sujette à de nombreux impondérables. Toutefois, cela pourrait changer car de nombreux facteurs portent à croire que la pêche française a un avenir. En effet, en vingt ans la consommation de poisson dans notre pays a presque doublé, le besoin de produits frais et naturels continue d’augmenter et les pêcheurs prennent de plus en plus conscience de l’importance de la qualité des produits de la mer et d’une pêche raisonnée.

L’équipage d’un navire de pêche

Le patron pêcheur est un marin très qualifié, capitaine et un véritable chef d’entreprise. Responsable de son navire, de son équipage et des produits de sa pêche, il travaille essentiellement à la passerelle où il manœuvre et positionne son navire. De là, il surveille la mise à l’eau et la remontée du filet. Il a une grande connaissance des lieux de pêche afin d’éviter les rochers et les épaves des fonds marins. L’évolution de son métier lui impose de plus en plus de connaître l’électronique de bord et d’utiliser des logiciels de pêche. Il doit se conformer à un code de sécurité et à des normes réglementaires (maillages de filets, tailles et espèces de poissons…) Il doit aussi savoir prendre des décisions concrètes et rapides. Le patron pêcheur est soit propriétaire de son bateau, soit salarié d’un armement à la pêche.
Le mécanicien est chargé de la sécurité et du bon fonctionnement de la machine propulsive et des auxiliaires d’un navire pendant la pêche.
Le matelot capture les poissons en mettant en œuvre différents engins de pêche dont il connaît bien le maniement. Sur le pont, il doit trier le poisson, le mettre en caisse ou le ranger dans la cale à glace. En pêche industrielle, il vide, nettoie et congèle le poisson directement sur le navire. Le matelot doit savoir entretenir son matériel de pêche en réparant un casier éventré ou devant ramender un filet. Il peut aussi nettoyer le navire, traiter la rouille, peindre, cuisiner…
Le mousse était employé sur les bateaux de pêche dès l’âge de 13 ans jusque dans les années 1980. Il était avant tout chargé des tâches ingrates : balayage du navire, lessivage du pont, corvée de patates… Il servait également de domestique aux matelots. Le mousse apprenait le métier « sur le tas » et devenait matelot vers seize ans. Depuis qu’une formation au métier de pêcheur est dispensée dans des écoles spécialisées, les patrons ne recrutent plus de mousse.

La rémunération des pêcheurs

Les marins pêcheurs ont un mode de rémunération particulier qui est resté inchangé depuis le XIXe siècle. En effet, leur salaire est calculé selon le chiffre d’affaires réalisé lors de la vente des captures. Généralement ce chiffre d’affaires est divisé en deux : 50% pour le bateau et 50% pour l’équipage qui est rémunéré à la part (2 ou 3 parts pour le patron, 1,5 part pour le mécanicien et 1 part chacun pour les matelots). Le salaire à la part varie selon le type de pêche. Quand la mer est bonne et le prix de vente du poisson élevé, la paie est bonne. La pêche industrielle offre un salaire minimum garanti, en plus d’un intéressement.

Déchargement

Dès trois heures, les premiers chalutiers rentrent de mer et déchargent leur cargaison de pêche. Des caisses contenant le poisson conditionné à bord et trié par espèces et par tailles s’empilent sur le quai avant d’être emportées vers les ateliers des mareyeurs. D’autres navires patientent plus loin pour livrer leur marchandise. Une heure après leur arrivée, les chalutiers reprennent la mer. D’autres poissons viennent des mers du Nord, là où ne s’aventurent que les hauturiers. Débarqué en Écosse, le poisson traverse la Grande-Bretagne en camion pour arriver à Boulogne.

La criée

Historiquement, la vente des lots de poissons s’effectuait à la voix et à main levée d’où le terme de « vente à la criée ». Aujourd’hui dès quatre heures du matin, la criée de la halle à marée permet aux mareyeurs de Capécure d’acheter quotidiennement près de 70 espèces de poissons et crustacés issus de la pêche locale ou européenne et provenant de l’aquaculture.
L’aube n’a pas encore pointé le bout de son nez, que les pêcheurs livrent déjà sur les quais des caisses de poissons triées et étiquetées. Chalutiers et fileyeurs débarquent leurs marchandises dans cet hectare de surface et de modules réfrigérés. Les écoreurs examinent sous tous les angles le fruit de la pêche quotidienne afin de déterminer la qualité de chaque produit pêché.
La Criée s’avère le centre névralgique du débarquement du poisson et de la vente informatisée des produits de la mer. Le poisson est vendu aux enchères au cadran et à distance par internet le matin entre 5 et 6 heures, directement du producteur aux acheteurs. Les transactions (facturation, encaissement, paiement aux producteurs) se font par système de vente électronique par les services de la halle à marée. Une centaine d’entreprises (mareyeurs, poissonniers, saleurs, conserveurs…) sont agréées en tant qu’acheteurs en halle à marée. En moins d’une heure, les cent tonnes de poissons sont vendues pour Rungis, la France entière, l’Espagne, l’Italie…

La halle à marée

Juste à côté de la criée, la halle à marée abrite plus de 9 000m2 d’espaces réfrigérés destinés au débarquement, à l’allotissement et au transit de la pêche débarquée au port. La halle à marée de Boulogne-sur-Mer est partenaire de Mr. Goodfish, programme porté par Nausicaã, Centre National de la Mer, œuvrant pour la consommation raisonnée des produits de la mer. Elle offre ainsi aux mareyeurs et acheteurs l’opportunité d’identifier les produits conseillés par les spécialistes notamment en raison de leur saisonnalité, et ainsi participer, à leur tour, à la préservation des ressources de la mer. Si vous êtes curieux de découvrir cette atmosphère unique, sachez que des visites guidées sont organisées par l’office de tourisme de Boulogne-sur-Mer au cœur de la zone portuaire dès 4h30 du matin.

Vente

La coopérative de pêcheurs qui gère les intérêts de la flotte (80 bateaux représentant 45% du poisson pêché à Boulogne) prend le relais. Le responsable des ventes de la CME vient s’assurer que tout se passe bien, sachant que la plupart des ventes a été fait avant le retour des bateaux. Par téléphone et par fax, les écoreurs comme la CME font constamment l’intermédiaire entre les mareyeurs et les pêcheurs en mer. Un mareyeur est venu surveiller ses achats : merlans, maquereaux, soles, turbots… Les dernières courses faites, il retourne mettre les cours sur papier et les fournir à ses clients.

Préparation

Dans les ateliers de Capécure, les ouvriers spécialisés préparent les produits de la pêche. La salaison et le fumage proviennent d’un savoir-faire aux techniques d’antan. La fileuse, d’un mouvement savant, tombe les filets pendant qu’une autre ouvrière ôte les arêtes une à une d’un saumon.

Livraison

Vers six heures, les premiers coups de fil résonnent. Le carnet de commandes se remplit et les premières caisses partent dans des camions réfrigérés pour les poissonneries, les restaurants ou la grande distribution. La gare de marée de Capécure voit ainsi partir près de deux cent camions par jour.
L’ensemble du port de pêche de Boulogne fait vivre plusieurs milliers personnes et le secteur n’a pas fini de se développer.